dac024De son vrai nom André Isaac, chansonnier connu dès les années 30, il fonde  L'Os à moelle, publication irrégulière et humoristique (au nom inspiré par Rabelais  et par son père boucher), et organe du parti loufoque. Le nom de loufoque vient de l'argot des bouchers, le loucherbem, et signifie fou. Dans l'Os à Moelle, les petites annonces vendent de la pâte à noircir les tunnels. Le monde pratiquant alors un style différent de loufoquerie, ce journal disparut en 1938. On le vit reparaître, sous la férule du maître, vers 1965 avec des talents nouveaux comme René Goscinny (Les aventures du facteur Rhésus) et Jean Yanne (Les romanciers savent plus causer français en écrivant).

Il devient aussi un familier des ondes. Ses nombreux sketches sont diffusés     sur Radio-Cité et plus tard sur le Poste Parisien. Ce n'est pas sans difficultés qu'il pourra rejoindre de Gaulle et la BBC. Avant d'atteindre ce but qu'il s'est fixé après avoir entendu l'appel du 18 juin, il connaîtra de multiples incarcérations et évasions. Son échec après la traversée des Pyrénées lui fera dire : "Si Louis XIV se les étaient farcies comme moi, il n'aurait jamais dit : il n'y a plus de Pyrénées." Au juge qui lui demande pourquoi il a voulu quitter la France il réplique : "En France, il y avait deux personnages célèbres, le Maréchal Pétain et moi. La nation ayant choisi le premier, je n'ai plus rien à faire ici." Devenant l'humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de 1943, il y parodie des chansons à la mode pour brocarder l'Etat français du Maréchal Pétain. On lui doit le slogan célèbre : «la France Radio-Paris ment, Radio-Paris ment, Radio-Paris est allemand » sur l'air de La Cucaracha (chant révolutionnaire d'Amérique latine). Toutefois, il répond sérieusement dans son texte inoubliable Bagatelle sur un tombeau lorsque Radio-Paris s'en prend aux Juifs français réfugiés à Londres, pour qui ne compterait pas : son frère en France a bien sur sa tombe l'inscription « mort pour la France», alors que sur celle de Philippe Henriot (ministre de Pétain et chroniqueur de Radio-Paris) on écrirait « mort pour Hitler » après l'avoir fusillé...

10 mai 1944: au micro de Radio-Paris, Philippe Henriot, éditorialiste au service de la propagande, donc des Allemands, attaque Pierre Dac en évoquant ses origines juives et en rappelant qu'il s'appelle en réalité André Isaac et qu'il est le fils de Salomon et de Berthe Kahn
"... Dac s'attendrissant sur la France, c'est d'une si énorme cocasserie qu'on voit bien qu'il ne l'a pas fait exprès. Qu'est-ce qu'Isaac, fils de Salomon, peut bien connaître de la France, à part la scène de l'ABC où il s'employait à abêtir un auditoire qui se pâmait à l'écouter ? La France, qu'est-ce que ça peut bien signifier pour lui ?..."
Le lendemain, oubliant le profond sentiment d'écoeurement qui l'habite, Pierre Dac lui répond au micro...

BAGATELLE SUR UN TOMBEAU

"M. Henriot s'obstine; M. Henriot est buté. M. Henriot ne veut pas parler des Allemands. Je l'en ai pourtant prié de toutes les façons : par la chanson, par le texte, rien à faire. Je ne me suis attiré qu'une réponse pas du tout aimable - ce qui est bien étonnant - et qui, par surcroît, ne satisfait en rien notre curiosité. Pas question des Allemands.
C'est entendu, monsieur Henriot, en vertu de votre théorie raciale et national-socialiste, je ne suis pas français. A défaut de croix gammée et de francisque, j'ai corrompu l'esprit de la France avec L'Os à moelle. Je me suis, par la suite, vendu aux Anglais, aux Américains et aux Soviets. Et pendant que j'y étais, et par-dessus le marché, je me suis également vendu aux Chinois. C'est absolument d'accord. Il n'empêche que tout ça ne résout pas la question: la question des Allemands. Nous savons que vous êtes surchargé de travail et que vous ne pouvez pas vous occuper de tout. Mais, tout de même, je suis persuadé que les Français seraient intéressés au plus haut point, si, à vos moments perdus, vous preniez la peine de traiter les problèmes suivants dont nous vous donnons la nomenclature, histoire de faciliter votre tâche et de vous rafraîchir la mémoire :

  1. Le problème de la déportation;
  2. Le problème des prisonniers;
  3. Le traitement des prisonniers et des déportés;
  4. Le statut actuel de l'Alsace-Lorraine et l'incorporation des Alsaciens-Lorrains dans l'armée allemande;
  5. Les réquisitions allemandes et la participation des autorités d'occupation dans l'organisation du marché noir;
  6. Le fonctionnement de la Gestapo en territoire français et en particulier les méthodes d'interrogatoire
  7. Les déclarations du Führer dans Mein Kampf concernant l'anéantissement de la France.

Peut-être me répondrez-vous, monsieur Henriot, que je m'occupe de ce qui ne me regarde pas, et ce disant vous serez logique avec vous-même, puisque dans le laïus que vous m'avez consacré, vous vous écriez notamment : "Mais où nous atteignons les cimes du comique, c'est quand notre Dac prend la défense de la France! La France, qu'est-ce que cela peut bien signifier pour lui ?"
Eh bien ! Monsieur Henriot, sans vouloir engager de vaine polémique, je vais vous le dire ce que cela signifie, pour moi, la France.

Laissez-moi vous rappeler, en passant, que mes parents, mes grands-parents, mes arrière-grands-parents et d'autres avant eux sont originaires du pays d'Alsace, dont vous avez peut-être, par hasard, entendu parler ; et en particulier de la charmante petite ville de Niederbronn , près de Saverne, dans le Bas-Rhin. C'est un beau pays, l'Alsace, monsieur Henriot, où depuis toujours on sait ce que cela signifie, la France, et aussi ce que cela signifie, l'Allemagne. Des campagnes napoléoniennes en passant par celles de Crimée, d'Algérie, de 1870-1871, de 14-18 jusqu'à ce jour, on a dans ma famille, monsieur Henriot, lourdement payé l'impôt de la souffrance, des larmes et du sang.

Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France. Alors, vous, pourquoi ne pas nous dire ce que cela signifie, pour vous, l'Allemagne ?

Un dernier détail: puisque vous avez si complaisamment cité les prénoms de mon père et de ma mère, laissez-moi vous signaler que vous en avez oublié un celui de mon frère. Je vais vous dire où vous pourrez le trouver ; si, d'aventure, vos pas vous conduisent du côté du cimetière Montparnasse, entrez par la porte de la rue Froidevaux ; tournez à gauche dans l'allée et, à la 6e rangée, arrêtez-vous devant la 8e ou la 10e tombe. C'est là que reposent les restes de ce qui fut un beau, brave et joyeux garçon, fauché par les obus allemands, le 8 octobre 1915, aux attaques de Champagne. C'était mon frère. Sur la simple pierre, sous ses nom, prénoms et le numéro de son régiment, on lit cette simple inscription: "Mort pour la France, à l'âge de 28 ans". Voilà, monsieur Henriot, ce que cela signifie pour moi, la France.       
Sur votre tombe, si toutefois vous en avez une, il y aura aussi une inscription: elle sera ainsi libellée :

PHILIPPE HENRIOT
Mort pour Hitler,
Fusillé par les Français...

Bonne nuit, monsieur Henriot. Et dormez bien.

Philippe Henriot sera abattu par la résistance peu de temps après.

les fils de Pétain  (en mp3 LesfilsdePetain)

Philippe Pétain de son balcon
regardait la honteuse rangée de faux-jetons
la brochette de sacrés cochonsDac
de Paul Marion à de Brinon
Darnand, Doriot
Laval, Henriot
d'un air éteint
il s'écria soudain :
"Y a t il des salauds parmi nous?"
"TOUS, TOUS, TOUS!!"
Traîne tes pieds par terre
la francisque à la main, c'est la fin
il n'est restera guere
de tous ces fils de Pétain.

Les gars de la vermine
(parodie des Gars de la Marine)
Quand on est un salaud
un vrai un pur, un beau
on se met au service
de la maison Himmler (bis)
puis on fait le serment
d'obéir totalement
quelque soit ses caprices
aux ordres du fürher (bis)

la croix gammée sur l'oeil
on montre avec orgueil
qu'on est un grand champion
dans la course a l'abjection

Refrain :
Voilà les gars de la vermine
chevalier de la bassessepierre_Dac
voilà les Waffen SS
Voyez comme ils ont fier mine
c'est dans le genre crapuleux ce qui se fait de mieux
avant qu'on ne les extermine
regarder les consciencieusement
voilà les gars de la vermine
du plus petit jusqu'au plus grand
du simple voyou à Darnand
Ils sont Allemands

pierredacfrancisblancheAprès guerre, il forme avec Francis Blanche un duo, auquel on doit de nombreux sketches (dont l'hilarant Sar Rabindranath Duval, et un feuilleton radiophonique, diffusé de 1956 à 1960 sur Europe 1,  Signé Furax auquel la France entière est suspendue.

Son texte Le Biglotron fut souvent cité par les amateurs de dépédantisation. Une de ses inventions majeures, le Schmilblick, « ne sert absolument à rien et peut donc servir à tout. Il est rigoureusement intégral ! »

En 1965, il se porte volontaire pour la présidentielle de 1965, soutenu par le MOU (Mouvement ondulatoire unifié) ce qui n'est pas très bien accepté par les autorités en place. Compagnon de la Libération, il obtempère et abandonne sa campagne suite à la demande de l'Elysée.

Il a été surnommé par certains le « Roi des Loufoques », par son aptitude à traquer et créer l'absurde à partir du réel (Cf. le noir de tunnel, ou bien, à la question : « Pouvez-vous me donner le numéro de carte d'identité de cette dame ? », la réponse : « Oui ! »)

  • Né à Delhi, de petite taille et d'un caractère paisible, c'était un nain doux
  • Celui que la fumée n'empêche pas de tousser et que la toux n'empêche pas de fumer a droit à la gratitude de la Régie française des Tabacs
  • Il est démocratiquement impensable qu'en république il y ait encore trop de gens qui se foutent royalement de tout.
  • Si la fortune vient en dormant, ça n'empêche pas les emmerdements de venir au réveil.
  • Ceux qui pensent à tout n'oublient rien et ceux qui ne pensent à rien font de même puisque ne pensant à rien ils n'ont rien à oublier.
  • Le sarcastique et prophétique proverbe qui dit : « Rira bien qui rira le dernier » gagnerait à être ainsi modifié : « Quand celui qui rit le dernier a bien fini de rire, personne ne rigole plus ».
  • Quand on ne travaillera plus les lendemains de jours de repos, la fatigue sera enfin vaincue
  • Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont les deux principes majeurs de ceux qui feraient mieux de la fermer avant de l'ouvrir.
  • Entre une semelle de crêpe et un double-crème il n'y a que la différence qui existe entre les choses qui n'ont aucun rapport entre elles.
  • L'orgue de Barbarie est à la figue du même nom ce que la trompette bouchée est au cidre.
  • Rien de ce qui est fini n'est jamais complètement achevé tant que tout ce qui est commencé n'est pas totalement terminé.
  • On dit : fermez la porte il fait froid dehors, mais quand on ferme la porte, il fait toujours aussi froid dehors.

Son personnage
Black